Restructuration : comment éviter le « syndrome du survivant » ?

Juin 18, 2024 par marie

Un plan social peut engendrer du stress pour tout le monde au sein d’une entreprise, et pas seulement pour ceux qui sont licenciés. Les managers doivent continuer à faire leurs preuves avec des équipes plus réduites. Les responsables RH sont aux premières loges pour mener une procédure parfois difficile et anxiogène. La direction, quant à elle, peut être tiraillée par le doute : et si la décision prise avait des répercussions négatives ?

Mais l’une des catégories de personnes les plus confrontées au stress est celle des rescapés du licenciement, qui ont assisté au départ de leurs collègues.

Ces salariés sont souvent envahis par un sentiment de culpabilité et d’angoisse, et peuvent être perturbés pendant un certain temps. Leur malaise s’apparente au “syndrome du survivant”, que l’on peut par exemple ressentir après avoir réchappé d’un accident qui a coûté la vie à des proches. Il doit être pris au sérieux, et peut se révéler difficile à gérer.

Heureusement, en employant des méthodes adaptées, les responsables RH peuvent tisser une bonne relation avec les salariés afin que ceux-ci se sentent en confiance dans ce type de situations, et soient plus enclins à partager leur ressenti. Main dans la main, ils peuvent alors mettre en place un plan d’action pour permettre au salarié “survivant” de revenir dans la course. 

Dans cet article, nous nous adresserons directement aux survivants afin de leur offrir des conseils pour retrouver la sérénité. En tant que responsable RH, vous pouvez aussi vous en emparer pour apporter un soutien aux salariés rescapés du licenciement économique et apaiser les tensions à tous les niveaux.

Première étape : gérer les pics de stress

Au travail comme dans la vie personnelle, connaître quelques techniques de relaxation peut être d’une grande aide dans les situations anxiogènes. Où que vous soyez, il existe quelques manières simples de calmer immédiatement les montées d’angoisse. Pour les mettre en œuvre, rien de tel que de suivre les conseils des experts : le service de santé de l’Université de Poitiers propose par exemple un guide pour apprendre à se relaxer par la respiration.

Pour les responsables RH, connaître ces techniques peut aussi être d’une grande aide pour aider les salariés angoissés à retrouver le calme et partager leur ressenti. En tant que survivant·e, une fois le pic passé, vous serez plus à même de réfléchir rationnellement à la cause de votre stress et d’établir un plan d’action.

Deuxième étape : identifier les facteurs de stress et trouver des solutions

Réussir à mettre le doigt sur ce qui vous angoisse dans l’idée même du licenciement peut vous aider à dépasser le syndrome du survivant. Bien souvent, une partie du malaise qu’on ressent face à un plan social vient du fait qu’on se sent soi-même menacé·e. Le meilleur moyen de surmonter cette appréhension est de prendre le problème à bras le corps grâce à un petit exercice mental. Il consiste à se poser la question suivante : qu’aurais-je fait, si c’était moi qu’on avait licencié·e ?

Se poser honnêtement cette question permet de chercher des réponses concrètes plutôt que de cultiver une angoisse diffuse. 

On peut alors imaginer une manière de mieux maîtriser son budget, réfléchir à d’autres postes pour lesquels on serait qualifié·e, envisager de changer de secteur d’activité… Autant de pistes rassurantes pour se sentir prêt·e à parer à toute éventualité. Avec un plan d’action pragmatique en tête, on se sent plus solide face à l’inconnu !

Troisième étape : surmonter la culpabilité

Le sentiment de culpabilité des survivants est bien réel et n’a rien d’irrationnel, pas plus que l’angoisse, la peur ou la lassitude qu’ils peuvent aussi ressentir. On ne le dira jamais assez : ce sont des réactions parfaitement normales et légitimes lorsque l’on est rescapé·e d’un licenciement économique.

Time Magazine a consacré un article au sujet, sous la plume de la journaliste Barbara Kiviat. Elle écrit : “Voir ses collègues ranger leur affaires et partir, et se sentir coupable de rester, anxieux d’être le prochain sur la liste, épuisé de la charge de travail supplémentaire, voire jaloux de ceux qui quittent cet environnement maussade, cela n’a rien d’une fête.” 

Kiviat poursuit en rappelant que ces sentiments sont bien connus des psychologues. Les professionnels décrivent un mélange de culpabilité (pourquoi eux et pas moi ?), d’amertume (il aurait mieux valu que je parte moi aussi) et de “contagion émotionnelle” qui nous fait ressentir pleinement la tristesse et le désespoir des collègues licenciés. Elle ajoute que ce ressenti peut perdurer pendant plus d’un an après que le plan social a eu lieu. Ce n’est pas rien !

Il est essentiel que les survivants comprennent qu’ils ne sont pas seuls à éprouver ces difficultés et que leur réaction est parfaitement normale. Cette reconnaissance est la clé pour surmonter le passage à vide.

Quatrième étape : communiquer, communiquer, communiquer

Vous l’aurez compris en lisant le titre : la communication est essentielle. Mais avec qui faut-il communiquer ? Idéalement, avec tout le monde ! Voici en tout cas quelques idées qui pourront vous aider à atténuer les sentiments négatifs liés au plan social.

Parler à vos collègues licenciés est un excellent début. N’hésitez pas à garder le contact avec eux et à leur offrir votre soutien. Vous pouvez par exemple les aider dans leur recherche d’emploi en sollicitant votre réseau, ou simplement leur offrir une oreille attentive dans cette période difficile.

Beaucoup de personnes fondent une grande partie de leur identité et de leur estime de soi sur leur métier ou leur carrière. Pour elles, le licenciement remet en cause jusqu’à leur raison d’être. Dans cette situation, continuer à déjeuner chaque semaine avec eux est une manière de leur apporter du réconfort. Et vous vous sentirez sans doute mieux vous aussi !

Il est aussi important de parler de vos sentiments à votre supérieur hiérarchique. Les managers sont souvent les premiers à être licenciés lors des plans sociaux. Ils peuvent donc ressentir exactement la même inquiétude et le même abattement que vous.

Il est d’ailleurs important d’avoir cela à l’esprit lorsque vous allez à leur rencontre. N’attendez pas forcément que votre N+1 ou N+2 lance la discussion car il ou elle n’est peut-être pas en mesure de le faire. Mieux vaut l’encourager à communiquer en lui posant des questions et en passant du temps à ses côtés.

Communiquer vous permettra à la fois de partager vos sentiments, et de comprendre que vous n’êtes pas seul·e à ressentir de la culpabilité ou du stress.

Cinquième étape : chercher ailleurs un regain d’estime de soi

Comme nous l’avons évoqué, beaucoup de personnes lient directement leur valeur personnelle à leur travail. En 2006, dans l’étude La place du travail dans l’identité des personnes (disponible sur le site de l’Insee), Hélène Garner et Dominique Méda notaient que 54 % des actifs citaient “le métier, la situation professionnelle, les études” dans les trois principaux composants de leur identité. Peu de choses ont changé depuis : après tout, le travail demeure notre principale occupation.

Mais faire reposer son estime de soi uniquement sur le travail est un pari risqué. Face à un plan social, elle risque de connaître une véritable chute libre. 

C’est pourquoi les responsables RH s’accordent à dire qu’il est important de travailler sur sa confiance en soi en dehors de son lieu de travail. S’investir dans une association, développer des projets personnels ou se lancer dans une nouvelle activité peut faire la différence. Tout ce qui vous donne un rôle, un objectif, ou qui valorise vos talents en dehors du travail, est bienvenu !

Cette démarche peut vous aider à guérir du syndrome du survivant, mais aussi à trouver un nouvel équilibre sur le long terme.

Autre chose importante : placez votre fierté dans le travail que vous faites, plutôt que de l’endroit où vous le faites. Votre amour-propre sera ainsi dans vos propres mains plutôt que dans celles de votre organisation !

Gérer le syndrome du survivant du licenciement : conclusion

Face au syndrome du survivant comme dans d’autres situations, chaque personne est unique. Les conseils proposés dans cet article peuvent vous aider à vous sentir mieux, mais n’hésitez pas à les personnaliser. Personne ne vous connaît mieux que vous-même.

La principale leçon à retenir est que la “culpabilité du survivant” que l’on peut ressentir face à un plan social est tout à fait normale. Un licenciement économique impacte chaque individu au sein de l’organisation. Vous n’êtes pas seul·e.

Pour vous aider à surmonter ce moment difficile, trouvez des manières de faire face au stress, au travail comme à l’extérieur. Identifiez ce qui vous angoisse et cherchez des solutions pour avancer. 

Gardez à l’esprit que la communication est la clé. Vos proches, vos amis, vos collègues, vos managers : tous et toutes peuvent vous soutenir. Prêter une oreille attentive aux personnes qui ont été licenciées peut aussi vous soulager.

Enfin, souvenez-vous que votre valeur repose sur ce que vous faites, et non sur l’entreprise où vous travaillez.

marie

marie

Marie est rédactrice depuis 2019. Elle accompagne les professionnel·les dans des transitions majeures comme la création d’entreprise ou la reconversion professionnelle en créant des contenus précis, documentés et accessibles. Au fil de ses 10 années d’expérience dans des entreprises de tailles et secteurs variés, elle a acquis une compréhension fine des environnements de travail et des dynamiques au sein des équipes. En parallèle de la création de contenus, elle se passionne pour la culture et mène des projets au service de la création audiovisuelle et de l'éducation artistique.

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